Section d'embryologie et tératologie
L'embryologie
L'homme est en développement permanent, et il est arbitraire
de définir des « âges de la vie » bien
fixés, comme dans une image d'Épinal. Voici quelques périodes
clef du développement, choisies parmi bien d'autres, qui montrent
bien que la date fatidique des 40 semaines et 3 jours d'aménorrhée
n'est qu'une étape parmis bien d'autres...
- Première semaine de développement : l'œuf
(blastocyste) remonte les trompes pour s'implanter, au début
de la seconde semaine, dans la paroi de l'utérus.
- Troisième semaine : le cœur de l'embryon bat, et
envoie dans un système vasculaire propre des globules rouges
fœtaux. C'est visible à l'échographie vers la
6e semaine.
- Quatrième semaine : l'embryon mesure 4 millimètres
de haut, et commence à acquérir sa forme définitive.
- Cinquième semaine : la main cartilagineuse se transforme
en main osseuse
- 35e semaine (avant la naissance, parfois juste après)
: descente des testicules dans les bourses des garçons
- Vers 18 ans : perte du cartilage de conjugaison de la partie
inférieure des deux os de l'avant-bras
- Vers 25 ans : début de la perte des neurones
Tératologie
Science des monstruosités (au sens médical), la tératologie
étudie les malformations du sujet dont la conformation s'écarte
de celle qui est naturelle à son espèce ou à son
sexe. Les monstruosités sont dûes à des anomalies
de développement (d'origine génétique, infectieuse,
toxique, radio-active ou mécaniques).
La tératologie a très probablement inspiré nombre
de mythes et de légendes dans toutes les civilisations du monde
:
- La plupart des dieux égyptiens sont des monstres zoo-anthropomorphes
- Les chaldéens rapportent aux 62 malformations humaines décrites,
une signification prophétique
- Dans les épopées homériques, on rencontre fréquemment
sirènes et cyclopes
- La gentille petite sirène des comptes d'Andersen (1836), a
été immortalisée par une magnifique statue à
l'entrée du port de Copenhague
- Dans les églises et cathédrales du moyen-âge,
la représentation de monstres est courante. Citons Vézelay,
avec un monstre double tératodyme
- Il y a 2600 ans, un esclave du nom d'Ésope, à l'aspect
évoquant un taureau, met en scène dans certaines fables
des monstres. Ces fables, illustrées au XVe siècle par
Sebastian Brant, inspireront fortement La Fontaine.
- Platon, dans « Le banquet », décrit
des êtres parfaits, hermaphrodites, qui furent coupés en
deux (un mâle et une femelle) par punition divine. C'est une image
de la complétude des sexes.
L'origine de ces malformation est à rechercher dans l'embryogénèse,
durant la grossesse. Dans le cas de la cyclocéphalie (cyclopes),
il y a avortement du bourgeon frontal, à l'origine des structures
frontales : il n'y a donc pas de nez, et fusion des deux globes oculaires.
Un proboscis (petite trompe, ébauche élémentaire
de la peau du nez) peut être observée dans certains cas.
Le professeur Morin, reprenant la classification d'Isidore Geoffroy
Saint-Hilaire (1805-1861), isole:
- Les monstres unitaires : Vous pouvez voir des cyclopes,
des sirènes, des phocomèles,...
Souvent, les enfants meurent avant ou peu après la naissance,
à cause de lésions associées : une sirène
n'a par exemple pas de rein, le cerveau des cyclopes n'est pas développé,
etc.
Les fentes faciales (becs de lièvre , gueules de loup et
autres) sont en générales bénignes et curables
chirurgicalement.
Bien sûr il existe bien d'autres types de malformations majeures
ou mineures.
- Les monstres doubles : Ils peuvent être autositaires
(deux composantes identiques) ou bien hétérositaires (dont
une forme parasite). On distingue :
- Les tératopages : en forme de X ou de H, ils sont reliés
par le thorax, l'abdomen ou le côté
- Les tératodelphes, en forme de ? (lambdoïdes), avec
en général une tête et deux paires de membres
inférieurs
- Les tératodymes : en Y, ils ont deux têtes et éventuellement
deux thorax séparés, qui se terminent sur une même
partie inférieure.
- Les hémitéries : Anomalie limitée à
une partie du corps, à un organe,...
- Les hermaphrodites : Sujets possédant les attributs
des deux sexes. L'hermaphrodisme vrai est extrêmement rare. Il
existe pour les deux sexes des pseudo-hermaphrodismes pouvant être
dûs à l'hypertrophie du clitoris, à l'atrophie de
la verge, etc.
Accouchements et accidents de naissance
Au cours de toutes les dystocies (difficultés survenues lors
de la descente du fœtus dans la cavité pelvienne et au moment
de la naissance), lorsque la tête est engagée et que l’expulsion
tarde au prix d’une souffrance réelle de fœtus, il faut
extraire l’enfant par les voies naturelles et deux solutions s’offrent
alors à l’accoucheur : agir sur la mère pour qu’elle
rende son enfant ou recourir à l’instrument pour tirer l’enfant
hors du ventre maternel.
Au XVIe siècle, les matrones utilisaient des crochets lorsque
l'enfant était mort et la mère affaiblie. Outre les infections,
déchirures du col utérin, on s'apercevait parfois que l'enfant,
horriblement mutilé, était toujours vif...
Le forceps, instrument permettant de saisir la tête,
de la diriger, de l’extraire des voies génitales, imaginé
au XVIIe siècle par Chamberlen, profita du discrédit qui
frappa les crochets. Très amélioré en trois siècles
d'utilisation, ses indications sont pourtant allées en régressant
à cause des accidents survenus lors des manœuvres d’extraction.
Généralement bénignes pour la mère sauf en
cas de grave atteinte des viscères pelviens, les lésions
les plus dramatiques s’observaient chez le fœtus, notamment
lorsqu’une mauvaise prise avait été à l’origine
d’une lésion de la boîte crânienne. La gravité
des fractures, enfoncements, embarrures, était fonction des atteintes
cérébro-méningées sous-jacentes, celles-ci
conduisaient le plus souvent au décès de l’enfant,
et dans l’hypothèse d’une survie on ne pouvait écarter
la possibilité de séquelles neurologiques tardives.
Le forceps, utilisé à bon escient, peut encore sauver
des vies sans léser l'utérus. Rappelons que la césarienne
et la ventouse ne sont pas entièrement bénignes pour l'enfant...
Pièces relatives aux avortements criminels
La pratique des avortements criminels est évoquée à
travers des instruments plus ou moins artisanaux utilisés par les
charlatans. Dans de telles conditions, les arrachements de l'utérus,
hémorragies et autres infections ne pouvaient que menacer la vie
des candidates.
Au point de vue culturel, l'histoire de l'avortement est également
l'histoire d'une société hypocrite, exerçant d'une
part une pression intenable sur les jeunes « fautives »,
et leur donnant d'autre part le dangereux moyen d'expier.
Exemples de pièces : foetus retrouvés
ayant servis de pièce à conviction en cours d'assise, moulage
de rétroversion de l'utérus chez une jeune fille
de vingt ans (pendant la manoeuvre abortive, le crochet a tiré
la matrice ; la jeune fille est morte probablement d'hémorragie
ou de septicémie).
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