Embryologie & Tératologie

L’embryologie

Embryon de 52 jours Le foetus mesure environ 13 mm (1907)
Embryon de 52 jours
Le foetus mesure environ 13 mm
(1907)

L’homme est en développement permanent, et il est arbitraire de définir des « âges de la vie » bien fixés, comme dans une image d’Épinal. Voici quelques périodes clef du développement, choisies parmi bien d’autres, qui montrent bien que la date fatidique des 40 semaines et 3 jours d’aménorrhée n’est qu’une étape parmis bien d’autres…

  • Première semaine de développement : l’œuf (blastocyste) remonte les trompes pour s’implanter, au début de la seconde semaine, dans la paroi de l’utérus.
  • Troisième semaine : le cœur de l’embryon bat, et envoie dans un système vasculaire propre des globules rouges fœtaux. C’est vi­sible à l’échographie vers la 6e semaine.
  • Quatrième semaine : l’embryon mesure 4 millimètres de haut, et commence à acquérir sa forme définitive.
  • Cinquième semaine : la main cartilagineuse se transforme en main osseuse
  • 35e semaine (avant la naissance, parfois juste après) : descente des testicules dans les bourses des garçons
  • Vers 18 ans : perte du cartilage de conjugaison de la partie inférieure des deux os de l’avant-bras
  • Vers 25 ans : début de la perte des neurones

Tératologie

Science des monstruosités (au sens médical), la tératologie étudie les malformations du sujet dont la conformation s’écarte de celle qui est naturelle à son espèce ou à son sexe. Les monstruosités sont dûes à des anomalies de développement (d’origine génétique, infectieuse, toxique, radio-active ou mécaniques).

La tératologie a très probablement inspiré nombre de mythes et de légendes dans toutes les civilisations du monde :

  • La plupart des dieux égyptiens sont des monstres zoo-anthropomorphes
  • Les chaldéens rapportent aux 62 malformations humaines décrites, une signification prophétique
  • Dans les épopées homériques, on rencontre fréquemment sirènes et cyclopes
  • La gentille petite sirène des comptes d’Andersen (1836), a été immortalisée par une magnifique statue à l’entrée du port de Copenhague
  • Dans les églises et cathédrales du moyen-âge, la représentation de monstres est courante. Citons Vézelay, avec un monstre double tératodyme
  • Il y a 2600 ans, un esclave du nom d’Ésope, à l’aspect évoquant un taureau, met en scène dans certaines fables des monstres. Ces fables, illustrées au XVe siècle par Sebastian Brant, inspireront fortement La Fontaine.
  • Platon, dans « Le banquet », décrit des êtres parfaits, hermaphrodites, qui furent coupés en deux (un mâle et une femelle) par punition divine. C’est une image de la complétude des sexes.

L’origine de ces malformation est à rechercher dans l’embryogénèse, durant la grossesse. Dans le cas de la cyclocéphalie (cyclopes), il y a avortement du bourgeon frontal, à l’origine des structures frontales : il n’y a donc pas de nez, et fusion des deux globes oculaires. Un proboscis (petite trompe, ébauche élémentaire de la peau du nez) peut être observée dans certains cas.

Sirène présentant une célosomie (origine non précisée  - 1909)
Sirène présentant une célosomie
(origine non précisée – 1909)

Le professeur Morin, reprenant la classification d’Isidore Geoffroy Saint-Hilaire (1805-1861), isole:

  1. Les monstres unitaires : Vous pouvez voir des cyclopes, des sirènes, des phocomèles,… Souvent, les enfants meurent avant ou peu après la naissance, à cause de lésions associées : une sirène n’a par exemple pas de rein, le cerveau des cyclopes n’est pas développé, etc.
    Les fentes faciales (becs de lièvre , gueules de loup et autres) sont en générales bénignes et curables chirurgicalement.
    Bien sûr il existe bien d’autres types de malformations majeures ou mineures.
  2. Les monstres doubles : Ils peuvent être autositaires (deux composantes identiques) ou bien hétérositaires (dont une forme parasite). On distingue :
    • Les tératopages : en forme de X ou de H, ils sont reliés par le thorax, l’abdomen ou le côté
    • Les tératodelphes, en forme de ? (lambdoïdes), avec en général une tête et deux paires de membres inférieurs
    • Les tératodymes : en Y, ils ont deux têtes et éventuellement deux thorax séparés, qui se terminent sur une même partie inférieure.
    • Les hémitéries : Anomalie limitée à une partie du corps, à un organe,…
  3. Les hermaphrodites : Sujets possédant les attributs des deux sexes. L’hermaphrodisme vrai est extrêmement rare. Il existe pour les deux sexes des pseudo-hermaphrodismes pouvant être dûs à l’hypertrophie du clitoris, à l’atrophie de la verge, etc.
Foetus double tératodyme (en 'Y') (origine non précisée -1889)
Foetus double tératodyme (en ‘Y’)
(origine non précisée -1889)

Accouchements et accidents de naissance

Au cours de toutes les dystocies (difficultés survenues lors de la descente du fœtus dans la cavité pelvienne et au moment de la naissance), lorsque la tête est engagée et que l’expulsion tarde au prix d’une souffrance réelle de fœtus, il faut extraire l’enfant par les voies naturelles et deux solutions s’offrent alors à l’accoucheur : agir sur la mère pour qu’elle rende son enfant ou recourir à l’instrument pour tirer l’enfant hors du ventre maternel.

Au XVIe siècle, les matrones utilisaient des crochets lorsque l’enfant était mort et la mère affaiblie. Outre les infections, déchirures du col utérin, on s’apercevait parfois que l’enfant, horriblement mutilé, était toujours vif…

Le forceps, instrument permettant de saisir la tête, de la diriger, de l’extraire des voies génitales, imaginé au XVIIe siècle par Chamberlen, profita du discrédit qui frappa les crochets. Très amélioré en trois siècles d’utilisation, ses indications sont pourtant allées en régressant à cause des accidents survenus lors des manœuvres d’extraction. Généralement bénignes pour la mère sauf en cas de grave atteinte des viscères pelviens, les lésions les plus dramatiques s’observaient chez le fœtus, notamment lorsqu’une mauvaise prise avait été à l’origine d’une lésion de la boîte crânienne. La gravité des fractures, enfoncements, embarrures, était fonction des atteintes cérébro-méningées sous-jacentes, celles-ci conduisaient le plus souvent au décès de l’enfant, et dans l’hypothèse d’une survie on ne pouvait écarter la possibilité de séquelles neurologiques tardives.

Le forceps, utilisé à bon escient, peut encore sauver des vies sans léser l’utérus. Rappelons que la césarienne et la ventouse ne sont pas entièrement bénignes pour l’enfant…

Pièces relatives aux avortements criminels

Pièce à conviction en cours d'assise  dans une affaire d'avortement criminel  (1885)
Pièce à conviction en cours d’assise
dans une affaire d’avortement criminel
(1885)

La pratique des avortements criminels est évoquée à travers des instruments plus ou moins artisanaux utilisés par les charlatans. Dans de telles conditions, les arrachements de l’utérus, hémorragies et autres infections ne pouvaient que menacer la vie des candidates.

Au point de vue culturel, l’histoire de l’avortement est également l’histoire d’une société hypocrite, exerçant d’une part une pression intenable sur les jeunes « fautives », et leur donnant d’autre part le dangereux moyen d’expier.

Exemples de pièces : foetus retrouvés ayant servis de pièce à conviction en cours d’assise, moulage de rétroversion de l’utérus chez une jeune fille de vingt ans (pendant la manoeuvre abortive, le crochet a tiré la matrice ; la jeune fille est morte probablement d’hémorragie ou de septicémie).