L’eunuque du Caire : un spécimen unique au monde

Contexte

Squelette de l'eunuque disséqué par Lortet
Squelette de l’eunuque disséqué par Lortet

Le Professeur Lortet présente le 16 mars 1896, lors d’une communication devant la Société Nationale de Médecine de Lyon, le squelette d’un eunuque ramené du Caire décédé à l’âge de 24 ans. A l’issue de la présentation le squelette du sujet intègre les collections de la Société.

On trouve dans les grandes villes d’Egypte, en cette toute fin de XIXe siècle, de nombreux eunuques facilement reconnaissables.

Ceux-ci sont attachés aux riches familles musulmanes, pour garder les femmes dans les harems.

La castration était pratiquée sur de jeunes garçons de 7 à 10 ans, par les moines de certains couvents coptes. Les musulmans n’avaient en effet pas le droit de pratiquer ces mutilations, de par leur religion. Quant aux chrétiens… ils s’arrangeaient avec la morale, comme le montre l’exemple plus tardif des castrats.

Lortet décrit deux procédés différents :

    1. Le premier consiste à trancher au rasoir les parties sexuelles, aussi près que possible de la région pubienne, en emportant du même coup verge et testicules. L’opéré était ensuite enterré jusqu’au cou pendant quatre ou cinq jours, dans un but hémostatique.
    1. Dans le second procédé, le scrotum et la verge étaient broyés au moyen d’une ficelle dont on tirait les extrémités avec force. Lortet note que « les souffrances de l’enfant sont alors horribles, mais l’hémorragie est moins à craindre ».

Ils n’en reste pas moins que les deux tiers des enfants périssaient « à la suite de ces barbares mutilations »…

Description anatomique

L’eunuque de 24 ans, disséqué par Lortet, présente des os particulièrement longs et grêles. Son squelette mesure 1,96 mètres, ce qui devait donner une taille réelle d’environ deux mètres.
Les membres inférieurs sont exagérément allongés, tout comme chez le chapon et le boeuf, ce qui fait dire à Lortet que « la castration provoque l’allongement des membres postérieurs ».
Le crâne est bien conformé, mais présente un prognatisme maxillaire prononcé.
Les cartilages de conjugaison des membres ne sont pas soudés, comme on le voit sur la photographie.
Enfin le bassin est presque atrophié.

Persistance des cartilages de conjugaison
Persistance des cartilages de conjugaison
Important prognatisme
Important prognatisme